Christian de Bray

 
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Avec quelques amis, nous avions décidé de faire en Chine notre dernier voyage du millénaire.

Après beaucoup d'étés et d'hivers passés à bourlinguer en Afrique, nous nous attendions bien à quelques surprises.

La formule? En routards, nous avions préparé un itinéraire de quatre semaines à parcourir sac au dos. Seuls quelques vols intérieurs et les longs trajets en train avaient été réservés.

Nous atterrissons à Shanghai, en pleine ville pour ainsi dire. Pourtant, le trajet en bus pour atteindre le centre est interminable. On ne peut s'empêcher de penser à New York, ce sont comme plusieurs Manhattan juxtaposés. Ici, un pâté de maisons en cours de démolition; là, des immeubles à appartements qui poussent comme des champignons. Des échafaudages de bambou s'élancent vers le ciel, recouvrant les édifices comme du lierre. (Notre guide indique que l'habitant moyen ne dispose que de 8 m2 à Shanghai, ce qui explique cette effervescence de la construction).

Les vélos vont et viennent, inlassablement. Ils se dépassent, se croisent, se chevauchent, s'emberlificotent... Humains ou caravanes de fourmis jaunes?

En plusieurs endroits, nous sommes bousculés par l'agitation de la foule. Sur le Bund, promenade longeant la rivière Huangpu, le pouls de la ville a la force de l'ébullition. Un peu comme si toute la Belgique se promenait sur la digue d'Ostende...

Une jeune-fille d'environ 16 ans s'approche de moi. Dans un anglais d'Oxford assaisonné de sauce asiatique, elle me demande: "Puis-je vous poser quelques questions? My name is Edith. D'où venez-vous? Comment vous appelez-vous?" Ai-je suscité un coup de foudre? Non, tout simplement cette jeune-fille voit en l'Occidental le moyen de pratiquer l'anglais! Comme 100 millions de jeunes Chinoises, elle est impeccablement habillée. Ses cheveux sont noués en couettes. Elle porte un T-shirt ras de cou qui ne laisse rien deviner de sa poitrine car toute forme est gommée, écrasée. Sous sa très petite mini-jupe, des panties, malgré la chaleur et la moiteur de l'été, et... des souliers vernis. Adorable jeune-fille, c'est plutôt à Genève ou à Nantucket que je me serais attendu à vous rencontrer!

Au Nanjin hôtel, deux Chinoises en 'livrée', gantées de blanc nous ouvrent les portes à chacun de nos passages. Encore des créatures sorties d'un conte de fées? Dans cet hôtel, je ne parviendrai pas, à l'heure du petit déjeûner, à commander un thé 'normal' et un déjeûner 'continental'. J'en serai réduit à un potage tiède aux boulettes de riz aggloméré... Après quoi j'irai flâner de l'autre côté de la rue, dans la Chine éternelle, où l'on vend les grenouilles vivantes. D'abord pesées dans un sachet de plastique, elles seront ensuite décapitées, dépiautées et jetées dans la casserole, toutes gesticulantes encore!!!

Shanghai est une métropole de 8 millions d'habitants. Mais la Chine compte des dizaines de villes d'une taille supérieure à celle de Bruxelles...

Une amie professeur d'anglais nous accompagne. Elle a étudié la langue chinoise pendant 2 ans et a déjà voyagé 4 fois en Chine. Munie de ce bagage et de son expérience, elle tente d'établir un dialogue. Mais le chinois est extrêmement difficile à lire, à écrire ainsi qu'à parler. Il y a une infinité de nuances dans la prononciation et les intonations. Quand elle semble se faire comprendre, elle ne parvient que rarement à saisir les réponses. Aussi, au restaurant, s'avèrera-t-il rapidement plus efficace de jeter un coup d'il sur ce qui est servi aux tables voisines, d'aller soi-même à la cuisine pour y imiter le cri de la poule, voire de casser les ufs et de faire l'omelette soi-même... Oui, c'est admis dans ce pays!

Si les Chinois nous surprennent, nous les étonnons également. A plusieurs reprises, on me met un jeune enfant dans les bras en me demandant si j'accepte de poser pour une photo. Un peu comme les gosses de chez nous, photographiés sur les genoux de Saint-Nicolas. Nous provoquons des applaudissements lorsque, dans un petit patelin, nous décidons de pousser une tête dans une soirée dansante 'à l'occidentale'.

Les Chinois sont sympathiques et se montrent le plus souvent prêts à aider les touristes en difficulté. (Ceci n'était pas du tout le cas il y a quelques années encore, semble-t-il). Mais la Chine, ce sont aussi des petits villages lovés dans les montagnes, où les rizières s'étagent à perte de vue. La Chine, ce sont aussi de vieilles demeures dans lesquelles des bonzaïs vieillissent tranquillement. La Chine, ce sont aussi des pins perdus dans les brumes accrochées aux sommets des montagnes...